Articles avec le tag ‘Interview’

blog-wine-food-iseg-bordeauxSur le Blog Wine & Food, le blog ‘gastronomie et œnologie’ de l’ISEG Bordeaux, Béatrice Vendeaud a réalisé une interview bien sympathique sur notre esprit ‘blogueur-épicurien’.

Merci les bordelais !

Vin Bio Naturel: Bonjour, expliquez-nous votre parcours et ce qui vous a amené à poursuivre l’aventure sur ce domaine familial.

Jeff Coutelou : J’ai toujours baigné dans le vin. La cave des vieux millésimes a encore quelques bouteilles de grenache écrites à la main d’écolier de CP. Je n’ai donc jamais abandonné cette terre sur laquelle quatre générations ont mis du travail, de la sueur mais surtout de l’amour.

VBN: Votre domaine se situe au nord de Béziers sur la petite commune de Puimisson, Parlez-nous de votre domaine (surface, encépagement) et la particularité de vos terroirs en dehors de toute AOC.

vin-des-amis-mas-coutelouJeff Coutelou : Le domaine comptait près de 24 HA il y a 20 ans et produisait en moyenne 1500 HL par an. Il n’en compte plus aujourd’hui que 14 pour une moyenne de 500 HL… L’encépagement est très varié mais nous travaillons principalement les cépages méditerranéens (syrah, grenache, carignan, cinsault, mourvèdre).

Une autre expérience du domaine consiste à pratiquer la « complantation ». Mon père avait planté à 1966 (on était pourtant à l’époque dans une logique de production de masse dans notre région) une parcelle sur laquelle une quinzaine de cépages sont mélangés (grenache blanc noir gris, muscat noir petit grain alexandrie, macabeu, chasselas, raisin de la madeleine, clairette et clairette musquée…. Je dois en oublier). L’objectif était de tester l’enrichissement aromatique des cépages au moment de la pollinisation. Les vins de cette parcelle vont dans la cave des soléras. J’ai recommencé ce travail sur une parcelle de blanc mais n’en suit qu’à quatre cépages (sauvignon, grenache, muscat, viognier). Les premiers vins sortirons peut être bientôt.

Concernant les terroirs, l’avantage de Puimisson est de disposer d’une grande variété de sols et sous sols. La majorité est argilo-calcaire mais avec parfois de gros silex, des argiles plus ou moins fortes et des marnes siliceux.

Dernier point, concernant le domaine, les terres sur lesquelles la vigne a disparu sont progressivement plantées d’oliviers… cela crée de la diversité, embellie le paysage et rien ne vaut la cuisine ou l’assaisonnement avec une bonne huile d’olive !

VBN: Le domaine est certifié bio depuis 1987, c’était déjà à l’époque une volonté de votre père de cultiver la vigne sans chimie ?

Jeff Coutelou : Mon père n’avait jamais utilisé de produits pesticides ni de désherbants, il utilisait simplement des engrais à base de potasse pour faire produire. Le parcours était donc simplifié pour s’intégrer dans une démarche bio (à l’époque nature et progrès). En 1987, personne ne parlait de vache folle, le souci environnemental était bien absent et il fallait être courageux et accepter les quolibets des confrères pour persévérer dans cette voie.

En 1987, il n’y avait aucune aide et il fallait attendre quatre ans avant de pouvoir commercialiser sous un label BIO (aujourd’hui, la durée de reconversion est financée). En 1987, il était impensable d’être bio partiel, on adhérait à cette démarche pour l’ensemble du domaine. Aujourd’hui, un cépage = un atelier ce qui veut dire que le vigneron peut choisir d’être en bio que pour un seul cépage de son domaine !!!

Le développement du bio, c’est bien mais rien ne vaut la relation de confiance que le consommateur peut établir avec le vigneron. La certification ne fait pas tout : visiter, parler, déguster, …, en un mot comprendre avant de faire partager.

VBN: Vous réussissez particulièrement bien vos vinifications sans soufre, pour vous qu’est-ce que cela apporte au vin ?

Jeff Coutelou : On essaye toujours mais il y a aussi parfois des ratés… c’est la nature qui décide. Le choix de vinifier sans ou avec très peu de SO², c’est l’aboutissement du travail mené à la vigne. C’est limiter les éléments extérieurs pour donner aux raisins la possibilité de donner le meilleur d’eux même.

Mais ce n’est à mon avis pas le seul élément à prendre en compte pour leur donner l’occasion de s’exprimer. Ne pas pratiquer de levurage, ne pas ajouter d’enzymes, … en un mot, laisser faire la nature tout en gardant un œil pour observer, un palais pour goûter, une main pour aider et accompagner et un cœur pour partager ! Le vin n’est il pas un breuvage qui engendre dialogue et convivialité ? (cf Le Vin des Amis)

VBN: Cette vinification ‘sans filet’ est-elle plus facilement réalisable dans les régions viticoles du sud, plus qu’ailleurs ?

flambadou-mas-coutelouJeff Coutelou : Je pense que tout réside dans le travail de la terre. Le travail et l’équilibre du sol jouent à mon avis un rôle important. Ils permettent la récolte de raisins sains, bien équilibrés, avec une belle acidité. Tout ceci contribue à rendre les vins moins fragiles. Même si au final, tout peut bouger. Le consommateur final doit comprendre que la nature peut parfois reprendre sa liberté, c’est à lui de donner les meilleures conditions au vin avant de le déguster : le laisser reprendre ses esprits lorsqu’il est fermé, le carafer lorsqu’il y a de la réduction ou un peu de gaz, ne jamais rester sur une impression figée mais en parler pour essayer de comprendre et ainsi mieux l’apprécier !

VBN: Vous testez toute sorte de vinifications différentes (vin élevé en bonbonnes en verre au soleil, vin oublié en très vieux foudre, rosé pressé sur du marc de muscat), y-a-t-il une nouvelle cuvée en préparation ?

Jeff Coutelou : Au Mas Coutelou, en fonction du millésime, les cuvées partent ou reviennent. Je ne m’astreins pas à avoir la même cuvée chaque année mais attache une importance au nom. Le client qui a gardé un souvenir d’une cuvée est sûr de retrouver la même typicité lorsqu’elle réapparaît. Et si c’est nouveau, cela porte un nouveau nom !

C’est ainsi que Flambadou (le Carignan flambeur du sud) est revenu avec le millésime 2007 alors qu’il n’y en avait pas eu depuis 2002.

Cet hiver verra le retour de la vigne haute (millésime 2008), la cuvée Syrah pleine de fruit. Pour 2009, je ne sais pas encore…. Ce sera à l’inspiration. Pour l’instant, les vignes sont belles, les maturités sont en avance pour les syrahs, même si les nuits sont relativement fraîches un peu de pluie ne ferait pas de mal, attendons que les premiers raisins arrivent en cave.

Sinon J’aimerai retrouver la main pour les bulles… (Beaucoup gardent un bon souvenir des dernières) mais là, c’est encore plus compliqué !

VBN: Merci pour ces confidences et bon courage pour ce nouveau millésime !

champagne-franck-pascal-cuvee-reserveVin Bio Naturel : Pouvez-vous nous décrire votre cursus et comment êtes-vous arrivé au métier de vigneron en Champagne ici à Baslieux sous Châtillon?

Franck Pascal : Je suis ingénieur de formation. C’est suite au décès de mon jeune frère, le jour de ses 18 ans, que j’ai décidé de tenter ma chance comme vigneron.

VBN : La culture en biodynamie s’impose pour vous comme une évidence, comment avez-vous connu cette méthode et comment l’appliquez-vous au quotidien dans vos vignes?

Franck Pascal : Une évidence ? Non, pas au début. Car au début, je travaillais comme mes parents: j’ai appris sur le tas. Puis, lorsque je demandais “Pourquoi on fait comme ça et pas autrement ?”, on me répondait “On a toujours fait comme ça”. Pour un ingénieur, ce n’est pas une réponse satisfaisante.

J’ai donc décidé, après mon service militaire, de reprendre les études. Ah oui, le service militaire a été une étape importante pour ma motivation à passer en bio… non, ce n’est pas bizarre. Vous allez comprendre. J’ai fait la formation pour devenir instructeur des compagnies de combat dans le Génie à Épernay (incorporation rapprochée de mon domicile pour pouvoir travailler dans mes vignes en parallèle). Ça signifie que j’ai dû apprendre une bonne partie de ce qui attendait les compagnies du Génie sur les champs de bataille: mines anti-personnelles, pièges, guet-apens et les toxiques de combat. Et c’est justement l’apprentissage du mode d’entrée dans l’organisme et du mode d’action dans le corps humain de ces toxiques de combat qui m’a fait cultiver mes vignes sans pesticides. En effet, pendant mon apprentissage adulte du métier de vigneron, j’ai aussi eu l’occasion d’apprendre comment les pesticides entrent dans l’organisme vivant visé, et comment ils agissent pour le détruire. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a d’étranges similitudes.

Alors, quand les commerciaux me disaient “Utilisez ce machin-cide, c’est neutre pour l’environnement et c’est sans danger”; et que de l’autre les militaires utilisent quasiment la même chose et que ça marche plutôt bien, j’ai compris quel choix faire.

J’ai commencé la bio en 2000. Mais je n’ai pas vu mes sols évoluer. Alors j’ai cherché des infos sur la biodynamie, j’ai vu des sols qui m’ont conquis. J’ai su qu’il fallait aller vers ça. Puis, tout est allé très vite. Le domaine a été transformé à 100% en peu de temps; quitte à prendre d’énormes risques financiers. Aujourd’hui, on continue d’évoluer sur cette voie de l’énergétique: on teste de nouvelles préparations énergétiques pour compléter la méthode biodynamique; mais je n’en dis pas plus pour l’instant.

VBN : Avez-vous une certification agriculture biologique ou biodynamique, et pourquoi ce choix ?

Franck Pascal : On a les deux. Au début, on a converti le domaine par conviction. Nous trouvions que le principe du label était ringard et que l’important était notre motivation. On n’a donc pas voulu de label. Puis, on a eu des opportunités commerciales qu’on a du refuser car nous n’avions pas de label… là, c’était difficile car nous étions en situation financière délicate et de nombreuses portes se fermaient juste pour un morceau de papier.

Mais ce n’est pas la seule raison: j’ai vu des clients aller acheter du champagne bio chez des “voisins” juste parce que ces “voisins” leur disaient “En plus, nous travaillons en bio”… et pourtant, si nos clients avaient su comment leurs vignes étaient cultivées, ils auraient été verts ! Ça m’a fait mal au cœur de voir des gens se faire berner de la sorte. Il fallait agir.

En 2004, on a donc franchi le pas de la certification pour la bio; et nous avons débuté la certification BIODYVIN en 2006. A chaque fois, 4 années nous ont séparés entre la mise en pratique et la certification.

VBN: Quelles sont les particularités géologiques de vos terroirs? Pratiquez-vous des sélections parcellaires pour vos différentes cuvées?

Franck Pascal : Nous sommes sur l’ère tertiaire. C’est une période géologique très variée. La majeure partie de nos vignes sont plantées sur des argiles à calcaires durs ou sur des argiles à silex ou à meulière. L’ambivalence sol siliceux/sol calcaire est un gros avantage sur le plan énergétique. Il y a une complémentarité positive dans les vins lors des assemblages.

On a fait des vinifications parcellaires par le passé et on en refera; mais avec une production de 30 000 bouteilles/an, 7 cuvées de champagne et 2 vins rouges, il fallait rationaliser et réduire le nombre de cuvées. Il y a bien un lieu-dit qu’il m’intéresserait de vinifier en parcellaire, mais il faudrait étendre la surface du vignoble pour pouvoir jouer à cela.

VBN : A la cave vous vinifiez vos vins sans artifices, quels ajouts œnologiques vous autorisez-vous ? Lesquels excluez-vous?

franck-pascalFranck Pascal : Nous avons beaucoup progressé en 5 ans dans les vinifications. Nous prolongeons la même philosophie énergétique de la vigne à la cave. Ceci nous permet de limiter notre intervention à l’adjonction de soufre au pressurage, et en fin de fermentation malolactique. Un complément peut être nécessaire avant la mise en bouteilles.

Ainsi, nous nous passons de la décoloration des moûts, de l’enzymage lors du débourbage, des tanins œnologiques, des colles (albumine, bentonite), des activateurs de fermentation, de l’ajout d’azote et de phosphate pour les démarrages des fermentations, de l’acidification (les tailles ont assez de minéralité pour rester fraîches sans être acidifiées).

On n’a jamais ensemencé le vin avec des bactéries malo, et on garde les levures sélectionnées sous le coude en cas de non départ en fermentation présentant un risque pour le vin. Cette année, j’avais acheté un sachet de levures sélectionnées au cas où…. et je n’en ai pas eu besoin.

VBN : Pourquoi proposez-vous des cuvées différemment dosées: Brut et Extra-Brut? La clientèle est-elle différente suivant le type de dosage?

Franck Pascal : En 1998, le changement de pratique au vignoble s’est accompagné d’une remise en cause au chai et sur nos champagnes. Une rencontre a fait que nous avons commencé à commercialiser des champagnes sans aucun sucre ajouté. Depuis, la demande n’a fait que croître, en France comme à l’exportation. Je trouve dommage de brider le potentiel d’un vin avec du sucre. Le sucre limite l’expression du terroir, la minéralité, l’expression du nez, la longueur en bouche; et le vin devient moins net. En temps qu’amateur de vins, je me devais de proposer du vrai vin à mes clients. C’est pourquoi nous avons sorti notre NON DOSE en 98. Ensuite, il s’est appelé BRUT NATURE pour être conforme à la réglementation européenne.

Cependant, tous les buveurs de champagne ne sont pas des amateurs de vin ni des connaisseurs. Nous avons gardé le Brut pour répondre aux attentes de ces consommateurs. L’extra-brut est lui aussi destiné aux amateurs et aux personnes cherchant à sortir du dosage “standard”. Avec ce champagne, il y a de très beaux accords mets/vins à réaliser, sans tomber dans le purisme du non-dosé.

Avec ces trois dosages pour notre Cuvée de Réserve, l’apprentissage est possible… apprendre à apprécier le champagne et à choisir le dosage approprié pour chaque occasion, n’est-ce pas un beau cadeau ?

champagne-franck-pascal-prestige-2003VBN: Nous nous régalons sur votre Champagne cuvée Prestige 2003, avez-vous travaillé particulièrement ce millésime atypique (chaleur, précocité)? L’estimez-vous apte à une longue garde?

Franck Pascal : Merci, nous nous régalons aussi avec… 2003, une très belle année ! Nos vignes ont échappées de justesse aux gelées de printemps. L’enherbement naturel a retardé le réchauffement du sol, ce qui a permis une montée de sève décalée de quelques jours par rapport à nos voisins. Cela à suffit pour que les -7°C d’avril ne détruisent pas nos bourgeons.

Ensuite, la culture sans désherbants rend les sols poreux car la vie du sol génère de nombreuses galeries par lequel le sol respire. Le travail du sol pas trop fréquent entretien cela. L’année était sèche. Il fallait sentir à quel moment travailler le sol et à quel moment le laisser tranquille. En période sèche, j’ai procédé au binage dans le but de casser la surface du sol et éviter les remontées capillaires, tout en laissant un peu d’herbe de temps en temps pour que la vie organique du sol ait un peu d’ombre (il faisait chaud!).

Quand la canicule est venue, je n’ai surtout pas travaillé les sols. J’ai laissé l’herbe en place sous peine d’exposer les êtres vivants du sol à des rayons UV et à des températures mortels pour eux. De plus, cela aurait stressé la vigne.

Fin Août, un orage est venu (53 mm). Les sols (ouverts) ont accueilli la pluie. L’infiltration de l’eau fut une aubaine pour compléter les réserves hydriques du sol. La vigne a pu tenir bon jusque aux vendanges grâce à cela. Je me souviens des coulées de boue sur le reste du coteau et des bennes de terre qu’il a fallu évacuer pour que la chaussée soit praticable. Encore un signe que j’étais sur la bonne voie: la terre est restée en place dans mes vignes !

Pour le vin, j’ai fait comme d’habitude. Après avoir cueilli des raisins merveilleux dans mes vignes, je conduisais le pressurage. Tout se déroulait comme d’habitude. Les jus étaient beaux, fruités et minéraux, sans fausse note même en fin de pressurage. Les raisins étaient très sains. Aucun souci d’extraction des jus, du velours! Alors, j’ai vinifié très simplement, sans enzymes ni décoloration en cuves. A cette époque nous utilisions encore beaucoup de levures sélectionnées. On a fait les malo naturelles. On a choisi les vins présentant le plus d’acidité pour ne pas avoir à acidifier (je déteste ça! Ça casse le vin), et voilà ! C’est tout simple !

VBN : Merci pour ces réponses et bon courage pour le millésime à venir !

Franck Pascal : Merci! Pour l’instant, ça se présente bien, même du côté des vinifications sans soufre. Je croise les doigts !

logesdelafolieVin Bio Naturel: Vous vous êtes installés ici à Husseau, une commune vigneronne voisine de Montlouis-sur-Loire, quel est votre parcours viticole ? Pourquoi Montlouis ?

Valérye Mordelet :
Tout d’abord Husseau est un lieu dit et non pas une commune indépendante. Nous sommes bien à Montlouis sur Loire ! Cela fait dix ans maintenant, en ce qui me concerne, que j’ai quitté le secteur culturel pour travailler dans les vignes puis suivre la formation pour adulte du BTS viticulture œnologie au CFPPA de Beaune. C’est là que j’ai rencontré Jean-Daniel qui avait travaillé dans le secteur de l’agro alimentaire. Deux ans après la formation, nous nous sommes lancés dans un tour de France pour trouver “vignoble à notre pied” et c’est Montlouis que nous avons choisi. Les vignes que nous louons étaient déjà cultivées en Bio et d’autres éléments, plus liés à des contraintes économiques, correspondaient à ce que nous recherchions.

Vin Bio Naturel: A la vigne, vous cultivez avec soin en agriculture biologique, expérimentez-vous certains principes de la Biodynamie ?

Valérye Mordelet : Nous ne travaillons pas en Biodynamie. J’ai pour ma part travaillé deux ans en Bourgogne dans un domaine qui avait recours à ses fondements et j’ai pu me former auprès de Pierre Masson à Cluny, en maraichage également. C’est donc une approche que je connais et respecte. Mais c’est aussi parce que je sais qu’il faut de la rigueur et de la discipline pour appliquer avec cohérence tous ces principes et applications qu’il nous faut admettre que nous n’avons pas le temps ni le personnel pour cela. C’est pour nous un peu comme la cerise sur le gâteau : faisons déjà très bien ce qu’exige la viticulture bio et une vinification naturelle et après nous verrons. Nous y viendrons forcément, pas à pas, dans un esprit d’expérimentation sur des parcelles bien déterminées.

chemindesloges2006Vin Bio Naturel: Que pourriez-vous dire sur le travail du cépage Chenin, par rapport à votre expérience sur les cépages blancs bourguignons (Aligoté, Chardonnay) ?

Valérye Mordelet : L’approche est totalement différente, notamment à la vendange puisque nous récoltons par passages successifs et non pas en plein. C’est un casse tête à chaque récolte pour avoir la maturité qui nous convienne pour faire mousseux, sec, demi-sec, moelleux. Chaque parcelle évolue différemment dans sa maturité et les premières années de notre installation ce fut difficile car il nous faut, non pas prendre uniquement ce que nous donne la nature, mais nous adapter pour répondre à nos besoins économiques.
Et le fait de faire ses différents types de vin inclut plus de suivi de la vinification et de l’élevage. En Bourgogne, les fermentations de tous les vins étaient en gros finies en décembre. Chez nous ce n’est pas le cas.

Vin Bio Naturel: Vous êtes déjà parmi les domaines ‘à suivre’ sur l’Appellation Montlouis-sur-Loire, pourquoi cette Appellation est-elle aussi dynamique et pleine de jeunes talents ?

Valérye Mordelet : Le métier de vigneron s’inscrit dans le temps et requiert une grande humilité. Chaque année nous remettons les pendules à zéro. Nous ne sommes pas à l’abri de mauvaises récoltes, d’erreur en cave et dans ces cas là on vous oubli vite ! Chaque année nous connaissons mieux nos terroirs, nos vignes et nous affinons notre travail. Pour moi, nous n’en sommes qu’au tout début. Dans 10 ou 15 ans, nous verrons où nous en serons et j’espère que nous aurons atteint nos objectifs. Car nous savons précisément où nous voulons aller !
Montlouis est une pépinière, un atelier d’expérimentation et c’est cela qui est génial ! Le prix des vignes reste encore abordable et il y a eu des places à prendre, des domaines sans repreneur par exemple. Le chenin est un cépage magique qui permet aussi de belles expériences et nous étions tous motivé par ce potentiel dès le départ. Et aujourd’hui, chacun a su trouver sa place et surtout sa signature.

Vin Bio Naturel: Parlez-nous de vos méthodes de vinification sur la gamme Le Chemin des Loges. Quels intrants œnologiques vous autorisez-vous ?

Valérye Mordelet : Le strict nécessaire ! Nous vinifions de la même façon toutes nos cuvées, la seule différence est que Le Chemin des Loges est vinifié et élevé en cuves (La Nef des Fous, notre autre cuvée, en fûts). Nous faisons notre vin à la vigne, et c’est la grande qualité de la vendange qui va déterminer le travail en cave. Nous trions sévèrement : aucun grain pourri ou altéré dans les seaux ! C’est un choix qui nous permet de vinifier et d’élever sans soufre. Les fermentations se déroulent avec les levures indigènes, nous n’avons pas recours aux levures industrielles sélectionnées. Nous ne chaptalisons pas, bien sûr, puisque nous vendangeons des raisins bien mûrs. De même pour nos demi-secs, moelleux et liquoreux. Corollaire de cela, nous n’en vinifions pas tous les ans. Notre seul intrant est un ajustement en soufre avant la mise en bouteilles.
Nous souhaitons avant tout être cohérent et que notre vin soit le reflet de notre travail aux vignes. Les équilibres ne sont pas les mêmes quand les sols sont cultivés, la flore levurienne non plus. Les vins bio sont plus authentiques et plus proche des qualités de leur millésime. C’est pour nous une richesse gustative mais aussi des contraintes techniques et des coups de stress quand l’année est difficile !

chemindesloges2006pVin Bio Naturel: Votre Chemin des Loges SEC est à la fois complexe, droit, fruité et gourmand, c’est votre cuvée ‘plaisir’ ?

Valérye Mordelet : C’est effectivement un vin bio facile accessible à tous, pour reprendre une expression bien à la mode ! Le Chenin peut être austère dans sa prime jeunesse et demande souvent un peu de vieillissement en bouteille avant de se révéler pleinement. Le Chemin des Loges est tout le contraire et convainc même les non amateurs de ce cépage.

Vin Bio Naturel: Quels conseils donneriez-vous à nos clients pour accorder et déguster au mieux votre Chemin des Loges DEMI-SEC ?

Valérye Mordelet : C’est le vin bio que l’on débouche à l’apéritif et que l’on termine au dessert. Il s’accorde très bien avec la charcuterie tourangelle (rillons, rillettes et andouillettes), les escargots, les cuisines exotiques, les sucrés/salés. Je l’aime particulièrement sur un boudin noir aux pommes et une tarte à la rhubarbe.

Vin Bio Naturel: Merci pour ce moment de partage, à bientôt pour une prochaine dégustation !

alban-michelVin Bio Naturel : Bonjour Alban, vous êtes un ‘petit nouveau’ dans la région des Corbières, d’où venez-vous et quel cheminement avez-vous suivi avant d’arriver ici ?

Alban Michel : Nous sommes arrivés en 2001 dans la région mon amie et moi. J’ai commencé LES SABOTS D’HÉLÈNE en 2005. Avant, j’ai bossé dans plusieurs Domaines du Languedoc. Mais celui qui m’a donné le goût du vin c’est le Domaine CHAPOUTIER à Tain l’Hermitage (26). J’y ai appris énormément de choses que l’on ne peut comprendre que sur le terrain, avec des terrasses et des coteaux, un travail en Bio et Biodynamie. J’ai deux amis vignerons également (Lucien SALANI et Geoffroy MARCHAND) qui m’ont permis de voir qu’il était facile de s’installer, expérimenter, et tenter sa chance !

Vin Bio Naturel : Votre domaine est tout petit et votre production très restreinte, Quels avantages trouvez-vous à travailler sur un domaine à ‘taille humaine’ ?

Alban Michel : J’ai fait le choix de m’installer avec le minimum de surface pour pouvoir travailler seul de A à Z et en Agriculture Bio, à part bien sûr pour les vendanges où les copains et la famille me donnent un coup de main. Je veux que mon travail reste un plaisir et une passion, et garder du temps pour vivre reste la meilleure façon de préserver cela !

Vin Bio Naturel : Il vous semble très naturel et normal de travailler en culture bio, en fait vous êtes un passionné de viticulture ? Êtes-vous sensible à certains principes de la Biodynamie?

vignes-alban-michelAlban Michel : Je ne me suis pas posé la question de travailler en Agriculture Biologique, c’était évident ! Le Domaine CHAPOUTIER à Tain l’Hermitage est en Biodynamie. Ça m’a permis de faire des formations avec François Bouchet durant ma période de travail. J’envisage de passer en Biodynamie lorsque le Domaine sera un peu plus solide. En effet, la culture en Biodynamie demande beaucoup d’investissements en termes de matériel et de temps, chose que je ne peux actuellement fournir.

Vin Bio Naturel : Le côté minéral et digeste et la belle restitution de fruits rouges de votre Corbières ‘Pas de Bla Blah’ montre que vos vinifications sont pour le moins naturelles

Alban Michel : Honnêtement, les vinifications se font le plus naturellement et le plus simplement possible :
Egrapageet_pas_de_bla_blah
Foulage
Pigeage une fois par jour
Remontage une fois tous les 2 jours
Macération de 3 à 4 semaines
Pressage manuel
Mise en fûts pour environ 12 mois
Léger sulfitage
Mise en bouteille
Et “PAS DE BLA BLAH”!

Vin Bio Naturel : On se sent forcément privilégié quand on goûte votre cuvée de Vin de Liqueur de Carignan ‘L’Abus d’Ange Heureux, une micro-production de 350 bouteilles par an, expliquez-nous l’histoire et l’élaboration de cette cuvée.

abus-ange-heureuxAlban Michel : Je me suis fait plaisir ! Je vendange «L’ABUS D’ANGE HEUREUX» (cépage Carignan) le plus tard possible pour le muter avec peu d’alcool (eaux de vie du Languedoc). Je le fais vieillir dans des bonbonnes en verre en plein soleil durant 6 à 8 mois. J’aime bien également travailler sur les étiquettes avec ma compagne Hélène. Cette cuvée nous a permis de délirer un peu !

Vin Bio Naturel : Merci pour ces confidences, nous vous souhaitons bonne chance pour ce nouveau millésime !

Alban Michel : Merci à vous pour cet entretien et bonne route à vous.

(propos recueillis début février 2009)
Le Blog de Vin-Bio-Naturel.fr
Petite balade gustative dans le but de faire connaitre et valoriser le travail de nos amis vignerons soucieux de cultiver leur vigne et de vinifier leur vin sans chimie.

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