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Petit article du hors-série Spécial Vins été 2010 de Marianne qui pose bien la question de l’utilisation du soufre dans le vin.

Le domaine Pierre Overnoy, discret et perfectionniste, compte parmi les plus grands du Jura et nous en sommes de plus en plus convaincu. Le domaine est maintenant repris par la Famille Houillon (Emmanuel, Adeline et Aurélien) à qui Pierre Overnoy a transmis son savoir aussi bien à la vigne que dans sa connaissance des vinifications sans soufre. Après Chardonnay 2007 et Ploussard 2005, nous proposons aujourd’hui Savagnin 2003 et quel joli moment que cette dégustation de Arbois Pupillin Savagnin ouillé 2003 !!
Cuvée issue d’un millésime très atypique en Jura, la canicule, les rendements mini et les 5 ans de ouillage et d’élevage en fût donnent naissance à une cuvée rare et originale que le domaine ne propose à la vente qu’en bouteille de 50cl. Il en ressort une sensation de dégustation inhabituelle: la robe que nous découvrons dans notre verre est d’une couleur jaune paille soutenue, pas si étonnant après 5 ans de barrique sur un Savagnin (vin blanc sec sans sucres résiduels). Dès le 1er nez, des parfums de noix vertes / fraîches nous envahissent, puis une épice est en train de naître dans le verre. Après aération, des notes prononcées de curry apparaissent, cela nous fait penser à un accord gastronomique sur une cuisine indienne (c’est d’ailleurs clairement un vin de gastronomie à harmoniser judicieusement). Le passage en bouche est frappant et convaincant, assez direct. On est surpris par le juste équilibre entre l’acidité (présente pour le millésime), le gras et l’opulence du vin. La longueur en bouche n’en finit pas grâce à cette multitude d’arômes.
C’est donc un vin qui ne laisse pas indifférent et qui ravira sans doute tout amateur curieux de nouvelles découvertes. Du début à la fin on se pose beaucoup de questions, le résultat fut pour nous magnifique et le plaisir intense. Un vin d’amateur qui démontre encore une fois la qualité des vinifications sans soufre et des méthodes culturales de ce domaine. Dégustation réalisée sans carafage et bu autour de 10°, on peut supposer qu’un passage en carafe de quelques heures permettra de révéler les autres arômes / visages que possède ce vin.
à gouter également du même domaine: Arbois Pupillin Ploussard 2005 (une vraie p’tite bombe rouge de garde) et Arbois Pupillin Chardonnay 2007 (blanc gouleyant, accessible et digeste).
Quoi de neuf ce mois-ci ? Mais plein de choses bien sûr !!
En Jura:
Le tout nouveau millésime 2007 du Chardonnay de la Maison Pierre Overnoy (toujours sans sulfites ajoutés), ainsi que 2 nouvelles cuvées de notre vigneron rusé Philippe Bornard: Melon Le Rouge-Queue 2007 (cépage cousin et ancêtre du Chardonnay) et Pinot-Noir L’Aide-Mémoire 2006 (un Pinot massif et soyeux).
En Bordeaux:
Après pas mal de nouveautés dispo depuis notre escapade de cet été, le Saint-Emilion Grand Cru 1997 du Chateau Meylet de Michel Favard rentre au catalogue (une bouteille star à ouvrir pour une belle occasion, quantités très limitées).




En Vallée du Rhône:
Toujours les vins du Domaine du Mazel mais sur 3 nouvelles cuvées, à savoir: C’est Im-Portant 2008 (cépage Portant autochtone des vallées de l’Ardèche), Briand 2006 (le Grenache dans toute sa splendeur) et Les Lèches 2007 (50% Grenache blanc, 50% Chardonnay: rond et gourmand), ainsi que le nouveau millésime 2007 de la cuvée Fable de son voisin de vallée, Gilles Azzoni (ces 4 derniers restants toujours sans soufre ajouté).




En Vallée de la Loire:
Après avoir rendu visite sur Chinon à Jérôme Lenoir au printemps dernier, la contre visite du week-end dernier nous à conforter dans notre choix: Nous sélectionnons son Chinon Les Roches 2002 ainsi que quelques précieux flacons du grand millésime 1990.
Au passage, nous avons pu goûter les nouvelles cuvées d’Olivier Lemasson (élevage plus long donc jamais dispo avant l’été) et avons porté notre choix sur les Gamays centenaires de Gama-Sutra 2008 (rendement mini plaisir maxi) et sur les vieux Sauvignons de Sois Mignon 2008 (bouche grasse sur une finale fraiche et tendue).



Pour finir, une nouvelle Caisse Découverte fait son apparition: La Caisse P-U-R (Productions Uniques et Rebelles) composée de 6 vins différents de 6 vignerons différents, tous des vignerons natures amis de Cyril Alonso qui vient de créer cette identité visuelle pour porter haut et fort les différentes expressions des vins naturels ! (chaque cuvée est issue d’une seule barrique des vignerons partenaires donc 300 exemplaires uniquement)

On entend vraiment de drôles de choses sur les vins sans soufre, j’ai envie de vous donner ici notre point de vue sur cette “branche” de l’arbre des vins naturels.
Les sulfites sont des composés chimiques dérivés du soufre. On les retrouve en quantité plus ou moins importante dans les vins et sont identifiables sur les emballages des produits alimentaires sous ces dénominations:
E 220 : Anhydride sulfureux
E 221 : Sulfite de sodium
E 222 : Sulfite acide de sodium
E 223 : Disulfite de sodium
E 224 : Disulfite de potassium
E 226 : Sulfite de calcium
E 227 : Sulfite acide de calcium
E 228 : Sulfite acide de potassium
Lorsque l’on parle de vin sans soufre, on peut également dire: vin sans sulfites, vin sans so2, vin sans dioxyde de soufre, sans anhydride sulfureux, c’est pareil (certains vignerons utilisent aussi le terme métabisulfite de potasse). Vin sans soufre étant un raccourci ou plutôt un abus de langage puisque le soufre sous sa forme chimique S n’est pas présente dans le vin, mais présente sous forme combiné SO2 ou dioxyde de soufre, ou sulfites (proche du E220 en alimentation).

Précision importante, un vin naturel n’est pas forcément un vin sans sulfites ajoutés: un vin naturel est vinifié naturellement sans ajouts œnologiques (levures aromatiques, sucres, enzymes, colles, filtration stérile…), et vinifié avec le minimum de SO2. Certains utilisent un peu de soufre en fin de fermentation, d’autres uniquement à la mise en bouteille, d’autres n’en mettent pas, par conviction ou si les conditions de vinifications le permettent. Dans tout les cas, nous estimons que la dose de so2 doit tendre vers le minimum car pour nous un vin naturel doit être pas ou peu sulfité. Nous référençons des cuvées avec un taux de SO2 inférieur à 50mg/l, seuil au delà duquel ce n’est pour nous plus du bon travail. (cela dépend de la couleur, les blancs sont plutôt autour de 30/40mg/l et les rouges autour de 20/30mg/l). Pour info, suivant la couleur, les doses autorisées en conventionnel se situent entre 160mg/l et 260mg/l.
Il y a toujours l’affirmation “le vin sans soufre n’existe pas’ puisque la fermentation produit toujours un tout petit peu de sulfites (toujours moins de 10mg/l, seuil en dessous duquel la mention ‘contient des sulfites’ n’est pas obligatoire), donc il faut dire ‘vin sans sulfites ajoutés‘. Chez Vin-Bio-Naturel.fr, les vins sans sulfites ajoutés représentent environ 20% du catalogue des vins naturels et sont identifiables grâce à un pictogramme dédié.
Ce picto est bien utile car il devient assez difficile de repérer ces cuvées: les vignerons qui le revendique indiquent ‘vins sans sulfites ajoutés‘, donc là pas de problème. Certains ne mettent aucune mention puisque sous les 10mg/l, on peut ne rien mettre. Cas plus rare et surprenant, certains tirent des lots d’étiquettes pour plusieurs années et indiquent dessus ‘contient des sulfites’, ensuite suivant le millésime, le vin sera sans sulfites ajoutés si les conditions le permettent, ou il sera légèrement sulfité si besoin, dans les 2 cas vous aurez la mention ‘contient de sulfites’. Il est légal de mettre la mention même s’il n’y en a pas, c’est le cas chez nous des vins du Mas Coutelou par exemple, bien sûr les analyses labo nous sont fournis pour preuve, bref pas si simple…
Un vin naturel sans soufre est un vin dont il faut savoir respecter les qualités intrinsèques et la démarche du vigneron en sachant le conserver en cave, en armoire à vins ou au frigo (pour une conso rapide). Ce sont des vins vivants qui peuvent très bien se garder (si l’on s’en donne la peine). Une bonne partie des vins sans sulfites ont pour but le plaisir immédiat, un côté fruité et gourmand, une grande buvabilité car très digeste. Quand c’est bon maintenant pourquoi l’oublier en cave ? Il ne faut surtout pas généraliser car certains vins sans soufre, je pense là à ceux de Pierre Overnoy ou Marcel Lapierre entre autres, peuvent se garder très très longtemps, bien mieux que certains soit disant grands vins over-sulfités pour une longue garde. On a récemment goûté des vieux Arbois de Pierre Overnoy et franchement 1984 c’est bon, frais et gourmand comme un 2004. Ces grands vinificateurs de vins naturels vinifient sans soufre depuis bien longtemps, ils ont acquis une expérience et un savoir-faire inestimable en vinifiant ainsi. Leur but: réaliser de grands vins qui ont pour qualités: jolis arômes, équilibre et capacité de vieillissement. Mais ça il faut le boire pour le croire…
On pourrait dire que les vins sans sulfites ajoutés sont des vins vivants, authentiques, qui ne laissent jamais indifférent car les sensations de dégustations de ces vins provoquent souvent des réactions contrastés, différentes des habitudes de dégustation de l’amateur lambda. Pour ses détracteurs, le vin sans SO2 fait sans doute un peu peur, et ils leur a été facile de tomber un jour sur un vin sans soufre qui ne leur a pas plu pour généraliser et discréditer toute une philosophie de vinification (il y en a beaucoup qui ne nous plaisent d’ailleurs pas, c’est pour cela nous cherchons à sélectionner ceux qui méritent d’être bu). Les vins naturels non sulfités sont des vins vivants qui souvent se présenteront magnifiquement bien à la dégustation, parfois ils seront fermés, réduits, aux arômes retenus. C’est ce que nous trouvons absolument palpitant dans les vins naturels: le vin sans sulfites est une matière vivante et libre. On est ici très loin de la volonté de standardisation des appellations et d’uniformisation des goûts, mais beaucoup plus proche de la notion de respect du terroir et du vivant.
